Doutez de tout, y compris de ce que vous allez lire.
Dans cette foule désertée par les rires et les cris,
J'entend gémir les larmes de ceux qui resteront;
Vivront avec le souvenir de cette sanglante infamie,
Cette fosse n'a que trop bien portée son nom.
Combien étiez-vous à boire votre jeunesse,
A danser, rire, chanter? ce dont ils s'offusquaient;
A une terrasse, plongés dans vos yeux d'ivresse
Et venue vous faucher la balle de l'inhumanité.
Milliers de roses et de bougies portant votre lueur
Vous n'étiez malade que d'être heureux et vivant.
Vous êtes tombés, sans arme, au champ d'honneur,
La barbarie sanguinaire n'aura pas raison de notre bonheur.
Nous porterons comme fardeau vos mots et espoirs,
Sortez, foules anonymes et fidèles, et dansez.
Chantez, sages fous, riez, illuminons le noir
Ils plieront genou avant nous devant notre témérité.