Doutez de tout, y compris de ce que vous allez lire.
Je ne me suis jamais aussi senti nu, dénué de tout secret, que lorsque tu m'as dévisagé. Tu as su lire en moi comme dans un livre ouvert, et tu m'a parlé sans avoir lu mon mode d'emploi. Sans précaution, tu m'as sourit, sans gants, tu m'a touché. Je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait. Dans ton regard, je voyais mon horizon. Dans tes paroles, mon Évangile. Tes idées étaient miennes, mes penséesétaient tiennes. Jamais je ne me senti aussi solidaire d'un corps, d'une âme, qui n'était mienne. Je me suis évanoui dans la brume de tes yeux, je me suis égaré dans tes songes. J'avais tellement l'impression de te connaître par cœur. Comme si nous avions vécu milles vies entrelacées, que mon âme avait trouvé cette partie qui lui manquait tant. Je savais les gestes que tu ferais, les paroles que tu prononcerais, les sourires et les rires qui t'animerais, avant même que tu n'agisses. Une symbiose de nos deux personnes, qui s'avéraient n'être qu'une seule, comme coupée en deux, séparée avant que nous ne puissions vivre. Et, dans un déchirement, un éclair, tu es repartie, non sans m'adresser un dernier sourire. Tu n'as pas emporté que mon cœur, tu as maintenant au creux de tes mains mes souvenirs. Quelques secondes suspendues dans le temps, un instant si précieux, qu'il s'est figé à jamais dans ma mémoire. Je donnerais mes mains pour qu'elles puissent te caresser à nouveau, je m’énucléerais pour te revoir. Ce n'était qu'une seconde parmi tant d'autres, ce n'était qu'un instant parmi tout les autres. Mais peut-être le plus important de ma vie. Au revoir, chère inconnue. Au revoir.