Doutez de tout, y compris de ce que vous allez lire.
Chère Planète,
Je suis un de tes nombreux locataires, un de tes 7 milliards maintenant. Je vis dans une région tempérée, pas très loin d'un massif que nous apellons entre nous "les Alpes", et un vaste océan que nous nommons "Atlantique". Mon territoire, auquel je suis rattaché, est la "France".
Les territoires. Quelle drôle d'idée. Sais-tu qu'entre nous, tes locataires, nous avons divisé tes continents en pays? Il n'y a pourtant pas beaucoup de différences entre ceux-là. Mais nous développons une culture de la nationalité, "française" qui est la mienne, aussi importante qu'inutile. Cela créé tellement de conflits entre nous. Certains se battent pour les richesses de l'autre, d'autres se battent pour accéder à ton eau, que nous partageons très inéquitablement entre nous, et en laissant le moins possible aux autres. Sais-tu d'ailleurs que ton eau douce, que nous buvons, nous la payons? A des sociétés qui se sont appropriées cette eau, et qui nous la vende pour que nous puissions la gaspiller entre pays riches, sans savoir s'il en restera pour nos enfants, en sachant qu'il n'y en a pas pour d'autres?
Ici, tout ce qui t'appartient s'achète, se vend, se gaspille, s'exploite, pour mieux enrichir les gens avec ce que nous appelons "l'argent". C'est le principal fardeau de l'humanité. L'argent. Ceux qui l'ont peuvent vivre, et exploiter ceux qui ne l'ont pas. Et l'argent ne se partage pas. Il se jalouse, il corrompt tes locataires, il en fait des eclaves de lui-même. Ha tu sais, s'il n'existait pas, je crois que de nombreux maux dont nous te faisons souffrir n'existerais pas.
Nous, locataires de ta surface, nous sommes parvenu à bien plus que cela. Tout ce qui t'appartient s'achète, même toi. On achète des bout de territoires, dont on se revendique propriétaire, des terrains, des îles.
Dans ma vie, je sais que je n'ai pas fait grand chose pour te protéger. Je fais même parti de ceux, qui, dans l'ignorance ou dans le confort, te font du mal. J'ai été soldat, pour défendre mon territoire, ma nation, contre ceux qui voudrait s'en apparer. Je protège avec conviction et fidélité ma "bombe nucléaire", celle qui fait des trous dans ton sol, irradie tes parcelles, te rend malade de l'intérieur. Je la defend, non pas parce qu'elle te blesse dans ton épiderme, mais car c'est aujourd'hui l'assurance de se preserver contre la férocité des autres.
Je possède aussi une voiture, qui pollue ton atmosphère. Je prend des douches, quotidiennement, pour me sentir propre, mais tellement sale de gâcher une eau pure dont on ne sait ce qu'il restera dans quelques dizaines d'années.
Je sais, chère planète, que je ne suis pas un locataire exemplaire. Tu te passerai bien des hommes, petite vermine grouillant à ta surface, détruisant sur son passage, les eaux, les forêts, tes ressources, et même tes autres locataires, les autres animaux. Et même entres eux. Notre instinct de preservation, qui nous a aidé à évoluer, à nous "civiliser", à bâtir, s'est transformé au fur et à mesure que nous grandissions.
Avant, les guerres intestines ne te touchaient pas, nous étions chétifs, nous étions soumis à tes colères, nous dépendions de toi. Aujourd'hui, c'est le contraire qui est en train de se produire. Nous essayons de te dompter, et pas de te comprendre. Nous essayons de faire de toi ce que nous voulons que tu sois, docile, douce, calme, à notre service. Nous essayons de savoir comment prévoir tes tempêtes, tes tremblements de terre, tes éruptions volcaniques, tes inondations, pour mieux les contrôler, voire les supprimer.
Tu sais ce que tout le monde pense? Que nous exploiterons tes ressources jusqu'à épuisement, jusqu'à ce que tu ne deviennes plus qu'un caillou stérile, et de ce fait, nous déployons toute notre énergie à construire des moyens capable de coloniser une autre planète, pour partir lorsque tu ne nous seras plus d'aucune utilité. Et je ne suis pas certain que notre interêt pour les autres espèces soit assez forte pour que nous en emmenions quelques unes avec nous, si tant est qu'il en reste, lorsque nous devrons partir.
Ainsi, l'espèce humaine, ta plus grande réussite, l'espèce qui a su monter au plus haut, devenir le prédateur le plus féroce, le plus intransigeant, le plus viscéral, a signé depuis longtemps ton arrêt de mort. Notre règne n'aura pas duré longtemps. Combien de temps s'est écoulé depuis que nos prédécesseurs ont construit les Pyramides, les grandes cités, les temples?
Ha, les temples. Sais-tu ce que sont ces monuments que l'on érige à la gloire de quelqu'un qui serait plus puissant que toi? Non, pas le Soleil. Un être que certains appellent Dieu, Allah, Yahve, ou d'autres. Selon eux, c'est lui qui t'as crée, qui a tout crée. Le Soleil, les autres étoiles qui brillent dans le ciel, les arbres, tes océans, tout ce qui existe.
Nous vivons dans un monde où nous connaissons des choses qui existent par delà tes frontières, par delà le système solaire, nous sommes remonté dans le temps avec nos télescopes à un âge ou tu n'existais même pas. Nous savons parfaitement comment tu es née, comment le Soleil est née. Comment la galaxie est née. Et nous avons tout de même ce besoin de foi envers un être omniprésent, Créateur tout-puissant.
Tu vois, aussi fort que nous paraissons en société et en civilisation, nous sommes faible dans nos esprits. Nous avons cru il y a des milliers d'années, à des prêcheurs plus habiles que la plupart, et qui, pour asservir la population et soumettre leur volonté, ont crées ces Dieux. Je veux bien croire qu'à une époque ou nous ne connaissions rien à ton fonctionnement, la planète où nous vivions, tes colères pouvaient avoir l'air d'un jugement divin, tellement le spectacle pouvait sembler impressionnant, imprévisible, dévastateur. Mais aujourd'hui, avec tous les moyens dont nous disposons, nous savons comment sont créées les tornades, les ouragans, les orages, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques. Rien qui n'est sur Terre, ou dans le ciel, ne nous est plus inconnu d'origine désormais. Et pourtant, nous avons encore besoin de croire, d'être asservi à la cause d'un Supérieur, un Suprême.
Pourquoi? Car on nous a inculqué depuis le berceau de l'humanité, à l'âge ou fleurissait les premières religions, le culte de la mort, et plus particulièrement, la peur de l'au delà. Te rends-tu comptes, ma chère planète, que notre intelligence, à manier des outils, cultiver ta terre, nous a aussi permis de se questionner sur l'après-vie, et certains s'en sont servi pour nous asservir. N'obéis pas à ton Dieu, ne m'obéis pas, moi serviteur de Dieu, et tu seras chatié lorsque ta mort subviendras, et ce, pour l'eternité. J'avoue que cela pouvait faire peur.
Et cela fait toujours peur. Nous avons tellement développé ce culte de la mort, que nous essayons aujourd'hui, non pas d'avoir une vie décente, une belle vie, une vie de respect envers l'autre. Non, nous essayons d'emmagasiner tout ce que nous pouvons, d'être propriétaire du plus de choses possible, et si cela rend jaloux le voisins, on en dormira que mieux. Cette peur de la mort nous a rendu égoïste, égocentrique. Et nous nous sommes tellement approprié nos cultes, que nous avons fait la guerre à ceux qui ne cultivaient pas la même que nous. Certaines religions les ont chassées, anéantis, pillées, au nom d'un tout-puissant.
Si ces pauvres fous savaient notre origine. Que chaque composant de nos os, de notre chaire, de notre sang, était fait de la même matière... que toi! Tu es née des restes d'une ancienne étoile, qui jadis explosa et dissémina ses entrailles, pour donner naissance à notre Soleil, qui lui-même te permis de te construire, à partir de particules de poussières qui se sont agglomérées. Et lorsque tu fut ensemancée par la vie, celles-ci aussi composées de particules de poussières, elles se développa dans tes eaux avant de conquérir les terres et évoluer en des milliards d'espèces toutes différentes, mais toutes composées des mêmes élements, ceux des étoiles.
Qu'il y a t'il de divin là dedans? Où était leur Dieu tout-puissant lorsque ces êtres se disputèrent leurs territoires pour survivre, qu'ils soient poissons, dinosaures, réptiles, mammifères, oiseaux? Et ils ne leur vouaient pas de cultes, eux! Et n'avaient pas besoin de cela, car ils n'avaient aucune conscience de leur propre mort, ni de leur propre corps.
Excuse-moi chère planète, je m'égare, mais j'ai tellement de rancoeur envers mes semblables et aussi un peu envers moi-même, je dois l'avouer. Mais ais-je vraiment le choix? Tu sais, nous ne sommes pas vraiment bien vu lorsque nous agissons dans ton intérêt. Surtout par ceux dont l'argent est un aboutissement, une réussite. Savent-ils au moins que leur argent, ils ne l'emporteront pas avec eux lorsqu'ils devront rendre leur enveloppe charnelle?
Mais tu sais, il y a aussi du bon dans l'humanité. Nous avons ce que l'argent ne peut apporter, le bonheur, l'amour. Et là où les espèces ne font que se battre pour survivre, notre confort de civilisation nous permet de nous adonner à ceux que nous aimons faire. Ainsi, certains aiment se promener dans tes forêts, visiter tes eaux, observer ce qu'il se passe au dessus de leur tête, et certains, pas assez à mon goût d'ailleurs, vouent leur vie à te protéger. A faire prendre conscience aux autres que pour leur propre interêt, l'enrichissement n'est pas une fin en soit, c'est de te protéger pour les futures générations, qui pourront profiter de tes bienfaits sans te piller ni te vouer à une mort certaine.
Mais je crois sincèrement leur combat perdu d'avance. L'argent, le territorialisme, sont deux notions trop importantes à leurs yeux pour qu'ils sachent encore les ouvrir et voir vraiment ce qui compte.
Me vient une idée. Et si nous échouons? Et si nous ne parvenions pas à s'évader de toi, conquérir une autre planète semblable à toi? Nous ne pourrons faire marche arrière alors. Et nous seront voués à l'exctinction. Je crois que l'intelligence, ce n'est pas de contrôler, de te contrôler, c'est de savoir te préserver. Et nous n'y parvenons pas, trop corrompu certainement par notre vision à court terme, et à notre petite échelle d'humain, alors que, toutes civilisations confondues, et en tant qu'humanité, nous devrions penser à notre avenir commun.
Je crois que le combat est effectivement perdu d'avance. C'est un peu dommage, quant on y pense. Nous aurions pu disséminer à travers la galaxie ton existence, ta beauté, trouver un autre havre de paix dans cet océan de vide, mais nous te menons à la mort en même temps que nous courrons à notre perte.
Peut-être nous survivras-tu. Et permettras-tu à une autre espèce d'atteindre une apogée que nous ne connaîtrons pas. Découvrirons-t-ils peut-être nos vestiges, comme nous découvrons ceux des dinosaures. Et ménerons t-il, non pas la guerre de civilisation que nous avons connu et connaissons encore, mais la guerre pour te glorifier et disséminer la vie vers d'autres contrées lointaines.
Je n'ai pas grand chose d'autre à te dire, ma chère planète. Peut-être nous excuseras-tu de notre comportement, ou peut-être en auras-tu assez de nos agissements. Je sais que tu feras le bon choix. Peut-être que tu es la seule dans cet Univers à abriter la vie. Alors tu devras la protéger, au prix de la nôtre. Après-tout, nous l'avons cherché. Et lorsque nous disparaîtrons, d'autres espèces bien mieux lottis que nous et plus résistantes sauront reprendre le flambeau.
Signé Humain n. 2,983,817,540 au 14 avril 2013 a 04:39 UTC.